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Les Fils de Nornhelys — Chapitre 2 — Le Chemin qui n'existait pas

21 juin
3 min de lecture

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Le Corbeau avait disparu avant même qu'Aelindra ait pu répondre.

Il ne s'était pas envolé. Il avait simplement cessé d'être là — comme une chandelle qu'on souffle, comme un mot qu'on oublie au moment de le prononcer. Il ne restait que la barrière du jardin, vide, et le silence qui pèse quand quelque chose d'important vient de se passer.

Aelindra resta immobile un long moment.

Il est temps.

Temps de quoi, exactement ? Elle avait posé la question à voix haute, dans le vide, sans vraiment espérer de réponse. La forêt avait répondu à sa façon — un frémissement dans les feuilles, une odeur de résine et de terre humide, et quelque chose d'autre. Quelque chose qu'elle ne saurait pas nommer avant longtemps.

Un chemin.

Il n'était pas là avant. Elle en était certaine, parce qu'elle connaissait cette forêt depuis l'enfance, chaque arbre, chaque pierre, chaque endroit où le sol devenait traître après la pluie. Et entre les deux vieux chênes qui se penchaient l'un vers l'autre comme des vieillards en conversation, il n'y avait jamais eu de chemin.

Il y en avait un maintenant.

Étroit, à peine plus large que ses épaules, tapissé d'une mousse si verte qu'elle semblait irréelle — la couleur d'une chose qui n'appartient pas tout à fait au monde ordinaire. Les arbres de part et d'autre se resserraient doucement, formant une voûte que la lumière du matin traversait en fils obliques, comme autant de fils d'or tendus entre les branches.

Le Chien-loup était là.

Elle ne l'avait pas entendu venir. Il ne faisait jamais de bruit — c'était sa nature, silencieux comme une ombre portée, présent comme une évidence. Il se tenait à son côté, aussi grand que sa hanche, ses yeux couleur d'ambre fixés sur le chemin. Pas inquiet. Pas méfiant. Juste en attente.

— Toi aussi tu le vois, dit Aelindra.

Ce n'était pas une question.

Le Chien-loup se leva et fit trois pas sur la mousse verte. Puis il s'arrêta et la regarda par-dessus son épaule, avec cette expression qu'il avait parfois — celle qui disait alors, tu viens ? sans avoir besoin de mots.

Aelindra prit une longue inspiration.

Elle avait grandi avec des histoires de chemins qui apparaissaient. Sa grand-mère lui en avait raconté des dizaines, au coin du feu, avec cette voix basse qu'elle réservait aux choses importantes. Si jamais un chemin apparaît là où il n'y en avait pas, tu as deux choix, disait-elle. Le fuir ou le suivre. Mais sache que fuir ne fait pas disparaître le chemin. Il t'attend.

Elle posa le pied sur la mousse.

Elle était plus douce qu'elle n'y paraissait — presque chaude, comme si quelque chose en dessous respirait doucement. La forêt autour d'elle changea imperceptiblement. Les sons du monde ordinaire — le village au loin, les oiseaux familiers, le vent dans les champs — s'estompèrent, non pas brusquement, mais comme une musique qu'on entend de moins en moins en s'éloignant.

À la place, un autre silence. Plein, dense, vivant.

Le Chien-loup marchait devant elle, sa queue basse et calme. Le Chat noir surgit d'entre les racines d'un arbre, comme s'il avait toujours été là, et se glissa dans ses jambes une fois avant de se mettre à marcher à sa gauche.

Aelindra suivit le chemin qui n'existait pas.

Et pour la première fois depuis très longtemps — depuis si longtemps qu'elle avait oublié ce que ça faisait — elle n'avait pas peur. Pas d'hésitation, pas de doute qui ronge. Juste cette certitude tranquille, posée au fond de la poitrine comme une pierre chaude : elle allait dans la bonne direction.

Le chemin s'enfonçait dans la lumière du matin de Litha.

Et Nornhelys l'attendait.

À découvrir — Chapitre 3 : Ce qu'elle trouva au bout du chemin.

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